Sommaire
Un second numéro d'identité, que l'État ne délivre pas Le numéro D-U-N-S (pour Data Universal Numbering System) est une suite de neuf chiffres attribuée par Dun & Bradstreet, société américaine d'information financière fondée au XIXe siècle. Le système existe depuis 1963 et couvre aujourd'hui environ 600 millions d'entités dans 220 pays, dont quelque 12 millions en France. Sur le papier, il ressemble à un SIREN international. En pratique, il n'a rien à voir : le SIREN est délivré par l'Insee au nom de l'État, le DUNS par une entreprise privée pour son propre compte. Aucun texte français ne lui donne la moindre valeur administrative. Personne ne peut vous l'imposer, sauf par contrat. Et c'est justement par contrat qu'on vous le demande, de plus en plus souvent : - Les magasins d'applications. Apple et Google exigent un DUNS pour ouvrir un compte développeur au nom d'une organisation — c'est ce qui permet de vérifier que la société qui publie l'application existe réellement.
- Le référencement fournisseur des grands comptes. Beaucoup de directions achats internationales indexent leurs fournisseurs sur le DUNS plutôt que sur les identifiants nationaux, plus simples chez elles à ignorer qu'à harmoniser.
- Les marchés et subventions publics américains. Le DUNS y était obligatoire jusqu'en avril 2022 ; il a été remplacé par l'UEI, mais reste demandé par de nombreux programmes et bailleurs internationaux.
- Les assureurs-crédit et certaines banques, qui s'en servent pour rapatrier votre dossier financier sans avoir à interroger les registres de chaque pays.
Le paradoxe : votre SIREN est public, votre DUNS se vend
Depuis 2017, et plus encore depuis l'ouverture du Registre national des entreprises en 2023, l'identité légale des sociétés françaises est en accès libre. Dénomination, forme juridique, SIREN, siège, capital, activité, dirigeants : tout cela se consulte gratuitement et se télécharge même en masse, sous licence de réutilisation. Vous pouvez le vérifier en quelques secondes sur notre moteur de recherche d'entreprises. Le DUNS, lui, suit exactement le chemin inverse. Il n'existe aucunannuaire ouvert qui associerait les SIREN aux numéros DUNS. Ni à l'Insee, où le champ n'existe pas. Ni sur data.gouv.fr. Pas davantage chez le GLEIF, l'organisme mondial d'identification des entités juridiques, qui publie pourtant des tables de correspondance ouvertes vers plusieurs identifiants — mais aucune vers le DUNS. Et il ne se devine pas : aucun calcul, aucune clé de contrôle ne permet de passer d'un SIREN à un DUNS. C'est une attribution, pas une formule. Il faut donc la demander à celui qui l'a faite. En France, ce n'est pas Dun & Bradstreet directement. Altares est son partenaire exclusif pour la France, la Belgique et le Luxembourg, et la seule entreprise habilitée à fournir un DUNS sur ce territoire. Sa filiale grand public, Verif.com, propose un rapport « Profile & D-U-N-S » à 39 € HT, téléchargeable immédiatement après paiement. Le même numéro peut être obtenu gratuitement sur simple demande — mais avec un délai annoncé de 30 jours, ce qui règle rarement le problème de celui qui doit publier une application cette semaine.Apple le donne gratuitement, et souvent en quelques minutes
Il existe une troisième porte, beaucoup moins connue : l'outil de recherche de DUNS d'Apple. La logique est simple. Apple exige un DUNS de toute organisation qui souhaite publier sur l'App Store, puisque c'est ainsi qu'elle vérifie l'existence juridique de l'éditeur. Plutôt que d'imposer un péage à ses développeurs, elle a négocié avec Dun & Bradstreet un accès gratuit. Le résultat est un formulaire, hébergé par Apple, qui interroge la base D&B et vous rend votre numéro. Deux cas de figure, tous les deux gratuits :- Le numéro existe déjà — c'est de loin le cas le plus fréquent pour une société française immatriculée, D&B et son partenaire pré-attribuant largement les numéros à partir des registres publics. Il s'affiche alors directement à l'écran.
- Le numéro n'existe pas encore. Vous soumettez les informations de votre société, et D&B en crée un sans frais. Apple annonce jusqu'à cinq jours ouvrés.
Une fois le numéro obtenu, vérifiez ce qu'il raconte
C'est l'étape que presque tout le monde saute, et c'est pourtant la seule qui ait des conséquences. Un DUNS n'est pas qu'un matricule : il pointe vers un dossier D&B qui rassemble votre chiffre d'affaires, votre effectif, vos dirigeants, vos éventuels incidents de paiement et un score de solvabilité. Ce dossier, vos partenaires le consultent — c'est souvent lui qui décide s'ils vous accordent un délai de paiement, et lequel. Or ces informations sont reconstituées à partir de sources publiques et de déclarations, donc régulièrement incomplètes ou périmées : un siège déménagé trois ans plus tôt, un effectif d'un exercice ancien, une activité qui n'est plus la vôtre. La correction est gratuite et se demande à Altares. Mieux vaut la faire avant un référencement fournisseur qu'après un refus dont on ne vous expliquera pas la raison.Ce que cet écart de prix dit du marché des données d'entreprises
La même donnée — neuf chiffres — se paie 39 € chez un intermédiaire, s'obtient gratuitement en trente jours chez le même, et gratuitement en quelques minutes chez un tiers qui n'a aucun intérêt à la vendre. L'écart ne mesure pas un coût de production : il mesure la position de chacun dans la chaîne. C'est précisément le chemin qu'a fait la donnée légale française, mais en sens inverse. Les informations du registre du commerce ont longtemps été vendues à l'acte avant de devenir ouvertes et gratuites. Le DUNS, lui, n'a jamais été public : il est né dans une entreprise privée, pour son propre usage, et il n'y a aucune raison qu'il en sorte. Deux numéros pour une même société, deux histoires opposées. La conclusion pratique est simple. Ne payez pas pour un numéro qu'on vous donne. Et sachez, plus généralement, ce qui est publié sur votre société : c'est la première chose que regardent ceux qui s'apprêtent à travailler avec vous. Vous pouvez consulter gratuitement les données publiques de n'importe quelle entreprise française sur notre moteur de recherche d'entreprises, et parcourir les sociétés des personnalités françaises par domaine d'activité.Documents et formalités · rédigés par juristes





